Mardi 9 octobre 2007
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Publié dans : Madagascar
Par Stéphane Bolle
La Constitution de 1992 n’est plus, vive la Constitution Ravalomanana !
Le souverain primaire de la République de Madagascar vient d’en décider
ainsi, à deux reprises. Lors du référendum du 4 avril 2007, marqué par une faible participation (42,78%), le projet de révision de la Constitution du Président MarcRavalomanana a d’abord été
approuvé par 75,33% des votants[1]. Lors des élections législatives anticipées du 23 septembre dernier, c’est ensuite le parti présidentiel
"Tiako Madagasikara" (TIM)[2] qui - selon des résultats provisoires que la Haute Cour Constitutionnelle devrait prochainement valider – vient de remporter 106 des
127 sièges en compétition.
Déjà triomphalement réélu dès le 1er tour, le 3 décembre
2006, avec 54,79% des voix, le Président MarcRavalomanana a ainsi demandé et obtenu du peuple malgache le pouvoir de façonner la Constitution. La nouvelle donne n’est pas sans rappeler
celle que le général de Gaulle avait réussie à imposer en 1962 à la classe politique française. Comme le fondateur de la V° République, MarcRavalomanana a fait plébisciter sa
Constitution : d’une part, le texte de la Constitution a fait l’objet d’une révision sur-mesure ; d’autre part, une lecture présidentialiste de la Constitution a prévalu dans la foulée
de la révision.
· Le texte de la Constitution Ravalomanana
La Constitution Ravalomanana naît formellement de la troisième révision de la Constitution du 18 septembre 1992, initiée par le
troisième Président de la III° République. Elle couronne un processus de « déconstruction continue » de la Constitution parlementariste de 1992[3].
Les premières lézardes sont apparues avec le référendum du 17 septembre 1995, décidé par le Président Albert Zafy : la loi
constitutionnelle n°95-001 du 13 octobre 1995 a renforcé les pouvoirs du chef de l’Etat à l’égard du Gouvernement, en l’habilitant, notamment, à révoquer le Premier ministre pour des
« causes déterminantes », autres que son renversement par l’Assemblée Nationale. La seconde révision, adoptée de justesse lors du référendum du 15 mars 1998, décidé par le
Président Didier Ratsiraka, a changé en profondeur l’édifice constitutionnel : d’une part, la loi constitutionnelle n°98-01 du 8 avril 1998 a remanié l’énoncé des principes essentiels, des
droits et des libertés ; d’autre part, une nouvelle variante « d’Etat régional » a été adoptée, avec la création d’un système de provinces autonomes dotées de leurs propres lois
statutaires ; enfin, le régime politique a été très nettement présidentialisé, avec, notamment, la limitation à trois -au lieu de deux- du nombre de mandats présidentiels, la réglementation
plus stricte de la procédure de destitution, dont avait été victime A. Zafy, l’octroi au Président de la République d’un droit de dissolution discrétionnaire, ou le transfert du Premier ministre
au Président de la République du pouvoir de déterminer et d’arrêter la politique générale de l’Etat.
La loi constitutionnelle n°2007-001 du 27 avril 2007[4]
prolonge mais aussi revoit et corrige la précédente révision. Elle porte, en premier lieu, sur les caractéristiques essentielles de l’Etat : elle rétablit un Etat unitaire, supprime le
caractère laïc de l’Etat, ou encore érige l’anglais en langue officielle – aux côtés du malagasy et du français. La charte constitutionnelle des libertés, des droits et devoirs des citoyens est,
une nouvelle fois, réécrite en partie. L’architecture des institutions est également retouchée, avec, entre autres, le durcissement des conditions d’éligibilité à la Présidence ;
l’imposition aux députés d’une obligation d’assiduité ; la restriction du champ de l’immunité parlementaire ; la diminution de la durée des sessions ordinaires de l’Assemblée Nationale
et du Sénat ; la nomination et la révocation d’un tiers des sénateurs par le Président de la République ; ou encore, le pouvoir reconnu au chef de l’Etat de légiférer par ordonnances,
sans autorisation parlementaire, « en cas d’urgence ou de catastrophes ».
La figure du Président-arbitre de 1992 est belle et bien morte : au Président-gouvernant de 1998 vient se substituer le
Président-manager de 2007. La Constitution Ravalomanana s’inscrit, sans conteste, dans une inquiétante vague : à la Constitution de précaution succède la Constitution de la réaction ;
le pouvoir de révision n’intervient, en Afrique, que pour re-constitutionnaliser certains instruments du présidentialisme, déconstitutionnalisées au début de la décennie 1990, et pour en
introduire de nouveaux[5]. La tendance a été confirmée, en pratique, dans la foulée de la révision.
· La Constitution Ravalomanana en action
Loin d’infléchir le texte de la Constitution Ravalomanana, la pratique récente des institutions à Madagascar le sublime. En témoigne
la dissolution de l’Assemblée Nationale, décidée par le Président de la République par décret n°2007-717 du 24 juillet 2007. Selon l’article 95 de la Constitution, « Le Président de la
République peut dissoudre l'Assemblée nationale pour des causes déterminantes ». Autrefois, sur le modèle de la IV° République française, la dissolution, décidée en Conseil des
ministres, ne pouvait sanctionner que la survenance de deux crises ministérielles au cours d’une période de 18 mois. La révision de 1998 a fait sauter ce verrou : le droit de
dissolution est désormais une prérogative du Président de la République et de lui seul ; toutefois, des « causes déterminantes » conditionnent son exercice régulier. Une
telle obligation de motivation est-elle de nature à limiter le pouvoir présidentiel ? Il semble bien que non, à la lecture de l’Avis n°02-HCC/AV du 19 juillet
2007[6],
formulé par la Haute Cour Constitutionnelle, à la demande du Président Ravalomanana :
Considérant, d’une part, que la compétence pour dissoudre l’Assemblée Nationale figure parmi les pouvoirs propres du Président
de la République ;
Qu’en ce sens, le Président de la République est seul habilité à procéder à la dissolution de l’Assemblée
Nationale ;
Considérant, d’autre part, qu’aussi bien dans l’esprit du constituant que dans la lettre de la Constitution, le Président de la
République reste le seul juge de l’opportunité de la mise en œuvre du droit de dissolution et apprécie les causes déterminantes pour y procéder, indépendamment de toute idée de conflit ou de
sanction mais, en tout cas, pour des motifs relevant de l’intérêt supérieur de la Nation ;
Considérant que dans la conjoncture actuelle, suite à l’adoption de la révision constitutionnelle, le fonctionnement régulier
des pouvoirs publics est conditionné par la conformité des Institutions aux nouvelles dispositions constitutionnelles ;
Que le Parlement doit nécessairement refléter la nouvelle organisation territoriale de l’Etat ;
Qu’ainsi, le renouvellement des membres de l’Assemblée Nationale semble devoir s’imposer pour la mise en œuvre de la politique
générale de l’Etat arrêtée en Conseil des Ministres et que, par conséquent, les motifs invoqué relèvent bien de l’intérêt général et ne sont pas contraires aux dispositions
constitutionnelles ».
Il ressort clairement de cet avis de la Haute Cour Constitutionnelle qu’à Madagascar le Président de la République est doté d’un
droit discrétionnaire de dissolution, que ce droit n’est pas substantiellement différent que celui conféré à son homologue de France, nonobstant la notion de « causes
déterminantes ».
La Constitution Ravalomanana semble être bien robuste et populaire. Qu’en pensez-vous ?
Stéphane Bolle
Maître de conférences HDR en droit public
[1]Haute Cour Constitutionnelle, Arrêt n°01-HCC/AR du 27 avril
2007.
[2]« J’aime Madagascar ».
[3]Vous pouvez consulter un tableau comparatif des versions
successives de la Constitution de la République de Madagascar sur http://rhaj.over-blog.com/.
[4]Vous trouverez le texte de la Constitution révisée dans la rubrique
« documents ».
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