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Stéphane BOLLE

Maître de conférences
HDR en droit public
Université Paul Valéry - Montpellier III 
 

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RD du Congo

Samedi 29 novembre 2008 6 29 /11 /Nov /2008 19:13
- Publié dans : RD du Congo
Par Stéphane Bolle

Suite et fin de "L'investiture sinon rien"

 

L'investiture singularise le régime semi-présidentiel de la RDC

 

En République Démocratique du Congo, l'investiture du Gouvernement est prescrite par la Constitution du 18 février 2006, qui organise un régime semi-présidentiel.

 

Le professeur Maurice Duverger désigne sous ce label - popularisé sur la toile par l'excellent blog THE SEMI-PRESIDENTIAL ONE - « les institutions d'une démocratie ... qui réunissent les deux éléments suivants : 1° un Président de la République élu au suffrage universel et doté de notables pouvoirs propres ; 2° un Premier Ministre et un gouvernement responsables devant les députés »[1]. Dans nombre de pays, il est fait recours à la notion de régime semi-présidentiel, peu prisée, voire rejetée par la doctrine française pour rendre compte des lectures de la Constitution du 4 octobre 1958. Cette catégorie de régime mixte, susceptible d'accueillir des pratiques institutionnelles très différentes, magnifiant ou cantonnant la figure présidentielle, souffre des défauts inhérents à toute taxinomie. Mais elle présente l'incontestable avantage d'offrir un cadre d'analyse pour le constitutionnaliste qui se penche sur la Constitution politique d'un pays empruntant certains de ses éléments au régime parlementaire et d'autres au régime présidentiel ; et elle lui impose de distinguer les règles constitutionnelles écrites et de leur application.

 

Sous cet angle, le régime semi-présidentiel de la République Démocratique du Congo apparaît comme une énième variante, qu'il convient d'appréhender dans sa réalité présente, sans passer sous silence les ambiguïtés originelles de la Constitution du 18 février 2006. Cette loi fondamentale n'est pas fondamentalement présidentialiste, quand bien même elle confère au Président de la République des pouvoirs de gouvernement - c'est « de concert » avec lui que le gouvernement définit la politique de la Nation (art. 91 al. 1) -, dont ne disposent pas ses homologues de d'autres régimes semi-présidentiels extra-africains. A l'évidence, la Constitution du 18 février 2006 ne fige pas les institutions : « A vrai dire, le fonctionnement effectif d'un tel régime mixte est fonction du régime des partis. Il aura une allure tantôt présidentielle, voire présidentialiste, tantôt parlementaire, selon qu'il y a correspondance ou non entre les majorités présidentielle et parlementaire.

En cas de coïncidence entre les deux majorités présidentielle et parlementaire, la réalité du pouvoir sera entre les mains du Président de la République, le gouvernement sera plus responsable devant le Président que le Parlement. En cas de non- coïncidence, l'essentiel du pouvoir sera détenu par le Premier Ministre soutenu par sa majorité parlementaire. C'est le régime de cohabitation, plus proche du parlementarisme que du présidentialisme à telle enseigne que l'on pourrait même parler du régime semi-parlementaire  »[2].

Le constitutionnaliste est coutumier de ces deux situations typiques, mais il y a lieu d'affiner l'analyse pour restituer les contraintes pesant sur les acteurs constitutionnels, en l'absence de majorité parlementaire homogène soutenant l'une des deux têtes de l'exécutif ou en présence d'une majorité parlementaire hétérogène soutenant tout l'exécutif.

 

C'est assurément dans cette dernière configuration politique que se trouve aujourd'hui la République Démocratique du Congo. Le Président Joseph Kabila, élu sur la base du Protocole d'accord AMP-PALU du 30 septembre 2006, est privé du soutien inconditionnel d'une majorité parlementaire dévouée à l'Assemblée Nationale. Il ne peut gouverner qu'avec le concours d'une majorité plurielle : son pouvoir est largement conditionné puisque la défection de l'un de ses partenaires pourrait lui coûter la direction de l'exécutif et générer une grande instabilité gouvernementale.

 

Dans ces conditions, l'investiture du Gouvernement interdit au Président de la République Démocratique du Congo d'être omnipotent et manifeste la fécondité de la Constitution du 18 février 2006.

 

Stéphane BOLLE

Maître de conférences HDR en droit public

http://www.la-constitution-en-afrique.org/



 

[1] Maurice DUVERGER, Les régimes semi-présidentiels, Paris, PUF, 1986.

[2] NTUMBA-LUABA LUMU, Droit constitutionnel général, Kinshasa, Editions universitaires africaines, 2005, p. 369.

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Mardi 18 novembre 2008 2 18 /11 /Nov /2008 11:21
- Publié dans : RD du Congo
Par Stéphane Bolle

En République Démocratique du Congo, sous l'empire de la Constitution du 18 février 2006, tout nouveau gouvernement doit subir l'épreuve de l'investiture, supprimée en France, il y a un demi-siècle, par la Constitution du 4 octobre 1958, et toujours en vigueur dans le royaume de Belgique, en vertu de la Constitution du 17 février 1994.

 

Selon le Dictionnaire de droit constitutionnel, « La notion d'investiture relève d'un conception constitutionnelle autre que celle de la V° République. L'investiture de l'exécutif peut se définir comme l'obligation pour celui-ci d'obtenir un vote préalable d'une assemblée législative pour pouvoir exercer les responsabilités gouvernementales. A première vue, il s'agit d'une procédure qui manifeste un souci de limiter la liberté de choix de l'exécutif, mais la conséquence peut être, au contraire, de protéger celui-ci et de lui garantir une certaine stabilité ».

 

Le récent changement de gouvernement, sur fond de crise sécuritaire, rappelle la centralité de l'investiture et interpelle le constitutionnaliste sur la nature du régime politique actuel de la République Démocratique du Congo.

 

Seule l'investiture consacre un changement de gouvernement en RDC

 

Le 10 octobre 2008, le président Joseph Kabila, conformément à l'article 78 alinéa 1 de la Constitution, a nommé Premier Ministre, « au sein de la majorité parlementaire et après consultation de celle-ci », Adolphe Muzito, en remplacement d'Antoine Gizenga, démissionnaire depuis le 25 septembre  (cf. Quand le Premier Ministre de la RD Congo s'en va... et Quand le Premier Ministre de la RD Congo s'en va ... (suite)). L'ordonnance présidentielle a mis fin aux spéculations portant sur le respect du Protocole d'accord AMP-PALU du 30 septembre 2006 réservant au Parti lumumbiste unifié (PALU) la primature, en échange de son soutien à Joseph Kabila au second tour de l'élection présidentielle. Le chef de l'Etat ne s'est donc pas choisi « son » Premier Ministre mais a choisi le Premier Ministre acceptable par la coalition au pouvoir, compte tenu de la configuration politique de l'Assemblée Nationale élue en 2006. Autrement dit, le Président de la République n'est pas vraiment « l'unique maître absolu de la désignation du Premier Ministre : il est libre pourvu qu'il choisisse une personnalité « au sein de la majorité parlementaire » »[1] ; et cette majorité parlementaire, qui s'est constituée lors des élections législatives et présidentielle, ne se confond pas, en République Démocratique du Congo, avec le parti présidentiel et ses satellites.

 

Sur la proposition du nouveau Premier Ministre et conformément à l'article 78 alinéa 4 de la Constitution, le président Joseph Kabila, a ensuite pris l'ordonnance n°08/067 du 26 octobre 2008 portant nomination des Vice-Premiers Ministres, Ministres et Vice-Ministres. Il résulte de l'article 90, alinéa 3 à 5 de la Constitution, d'une part, que la composition du gouvernement devait tenir compte de la « représentativité nationale » - c'est-à-dire être représentatif des différentes composantes de la nation congolaise -, d'autre part et surtout, que « c'est l'Assemblée Nationale qui « investit » le gouvernement, sans quoi il n'entre pas en fonction et tombe »[2].

 

Seule l'investiture, régie par l'article 90, alinéas 4 et 5 de la Constitution et par les articles 151 alinéas 2 à 4 et 194 alinéa 1 du règlement intérieur de l'Assemblée Nationale, donne vie juridique à un nouveau gouvernement. Et, il ne s'agit pas là d'une simple formalité, mais d'une épreuve politique qu'a affrontée Adolphe Muzito.

 

Programmée pour le vendredi 31 octobre, l'investiture a été scindée en deux phases : le nouveau Premier Ministre a bien présenté ce jour-là, dans son discours devant l'Assemblée Nationale, le programme du gouvernement - document volumineux consultable ici dans ses trois parties, 1, 2 et 3 -,  mais le débat général sur l'investiture a été repoussé au lendemain à la requête de l'opposition dénonçant la méconnaissance du règlement intérieur. La presse a rapporté que le débat du 1er novembre avait été houleux et long (plus de 11 heures) : les vives préoccupations de la classe politique sur la situation à l'est du pays ont pu s'exprimer ; la majorité et l'opposition, en particulier le MLC, ont joué leur partition ; le débat s'est clos avec les réponses du Premier Ministre aux députés.

 

C'est dans la nuit du 1er au 2 novembre 2008 que le gouvernement Muzito a été investi par l'Assemblée Nationale, par 294 voix pour, 67 contre et 7 abstentions[3], soit à la majorité absolue des députés[4] requise par l'article 90, alinéa 5 de la Constitution.

 

Ce parcours semé d'embûches confirme-t-il l'omnipotence cachée du Chef de l'Etat ? Nonobstant l'investiture, peut-on identifier « un président maître de tout, derrière qui les professionnels du flou, du vagabondage et du dévergondage politiques espèrent voir leurs espoirs comblés », un président « tout puissant » car « ayant divisé, affaibli et même anéanti l'opposition par le débauchage », un président qui incarne un système mariant « tendance autocratique et gouvernement d'union où chacun tirerait son épingle du jeu, au prix d'un pouvoir personnel et de conflits »[5] ?

 

Vous trouverez prochainement la suite de « L'investiture sinon rien » sur votre site LA CONSTITUTION EN AFRIQUE

 

Stéphane BOLLE
Maître de conférences HDR en droit public
http://www.la-constitution-en-afrique.org/


[1] Auguste MAMPUYA KANUNK'a-TSHIABO, Espoirs et déception de la quête constitutionnelle congolaise. Clés pour comprendre le processus constitutionnel du Congo-Kinshasa,  Nancy-Kinshasa, AMA Ed. - BNC, 2005, p. 101

[2] Ibid., p. 102.

[3] Seuls 368 députés sur 500 ont voté. La fatigue expliquerait que beaucoup aient déserté l'hémicycle avant le vote.

[4] Pour 500 députés, cette majorité s'élevait à 251.

[5] Auguste MAMPUYA KANUNK'a-TSHIABO, op. cit., p. 104.

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