Consacré à « La démocratie en Afrique », le n°129 de la revue Pouvoirs – dotée d’un précieux site
internet depuis l’automne 2008 – vient de paraître. Cela faisait un quart de siècle que l’Afrique n’avait
pas été à l’honneur dans cette excellente revue française d’études constitutionnelles et politiques : en 1983, le n°25 traitait des « pouvoirs africains »,
du temps du parti unique et de la dictature ; en 2009, le n°129 traite des changements à l’œuvre depuis la chute du mur de Berlin, au temps du multipartisme et de la démocratie.
Très loin des fadaises anachroniques de Rodolfo
Sacco, six politistes et six juristes, connus des milieux africanistes, offrent un remarquable condensé de ce qui s’écrit sur les évolutions
récentes de la chose publique en Afrique (cf le sommaire en ligne). Les contributeurs mettent l’accent, pour reprendre les propos introductif (Babacar GUEYE), sur les « succès » - trop souvent mésestimés – et
les « résistances » - sans cesse relatées – de la construction d’un Etat de droit et de démocratie
pluraliste. Ils font un bilan contrasté des performances africaines en matière
d’élections disputées (Dodzi KOKOROKO et Djedjro Francisco MELEDJE), d'alternance démocratique (Vincent FOUCHER), de justice (Papa Oumar SAKHO) et de droits de
l’homme (Alioune Badara FALL) ; le modèle béninois de justice constitutionnelle (Théodore HOLO) et celui sud-africain de démocratie constitutionnelle (Xavier PHILIPPE) sont rapportés ;
les trajectoires de la démocratie en Afrique sont analysées (Jean-François BAYART, Patrick QUANTIN et Lionel ZINSOU) ; et la sempiternelle question du mimétisme post-colonial est reprise
(Jean DU BOIS DE GAUDUSSON).
D’une grande richesse, le n°129 de la revue Pouvoirs fera date.
Qu’il soit néanmoins permis d’exprimer quelques regrets. Concises – format de la revue oblige -, les contributions font une place relativement marginale à des études de cas et, en particulier, à la jurisprudence constitutionnelle et électorale ; et le souci de théoriser l’emporte souvent sur la didactique du fait constitutionnel, prisée par votre serviteur. Par ailleurs, s’il n’y a pas lieu de verser dans un afro-optimisme béat, les pratiques positives, les réussites de la démocratie en Afrique, auraient mérité une attention davantage soutenue. Le lecteur néophyte du n°129 de la revue Pouvoirs ne risque-t-il pas de retenir du panorama proposé que les présidents africains « bricolent » avec la doxa démocratique et s’abîment dans des usages pervers du droit, avec la complicité, passive ou active, des parlementaires et des juges ? Sauf, peut-être, en Afrique du Sud et au Bénin…
Pour toutes ces raisons, la lecture réflexive de « La démocratie en Afrique » est fortement recommandée. Votre site, LA CONSTITUTION EN AFRIQUE, mettra volontiers en ligne les commentaires avisés qu’elle suscite.
Au plaisir d’échanger
Stéphane
BOLLE
Maître de conférences HDR en
droit public
http://www.la-constitution-en-afrique.org/
Votre serviteur a eu l’occasion de souligner, d’une part, que les études africaines occupent une place plutôt réduite dans les travaux académiques (cf. "Renouveau du droit constitutionnel. Et l'Afrique?" et "L'Afrique parent pauvre du 7° congrès de l'AFDC"), d’autre part, que les chapitres « Afrique » des ouvrages juridiques généraux, lorsqu’ils existent, ne sont pas à jour et/ou offrent une vision singulièrement rabougrie de cette partie du monde constitutionnel (cf. "L'Afrique dans les manuels de droit constitutionnel").




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