Mardi 12 mai 2009
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Publié dans : Comores
Par Stéphane Bolle
Le dimanche 17 mai 2009, les électeurs de l’Union des Comores sont appelés, lors d’un référendum d’initiative
présidentielle, à répondre, par « oui » ou par « non », à la question suivante : « Approuvez-vous le présent projet de loi portant révision de certaines dispositions de la constitution du 23 décembre
2001 ? ». Fort controversé, combattu par les
présidents des îles autonomes,
le PROJET DE LOI REFERENDAIRE PORTANT REVISION DE LA CONSTITUTION DE L'UNION
DES COMORES DU 23 DECEMBRE 2001 vise,
d’une part, à reconfigurer la Constitution territoriale, d’autre part, à présidentialiser la Constitution politique.
L’Union des Comores est aujourd’hui un
ensemble de type fédéral, où coexistent la Constitution de l'Union du 23 décembre 2001
et les lois fondamentales insulaires, à savoir la
Constitution de l’île autonome de Ngazidja (Grande Comore), la Constitution de
l'île autonome de Ndzuwani (Anjouan) et
la Constitution de l'île autonome de Mwali (Mohéli). Le Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi propose de transformer
l’Union des Comores en un Etat régional, inspiré de la variante malgache de
1998, où chacune des îles autonomes ne serait plus dotée que d’une « loi statutaire »
(art. 7 al. 2 réécrit). L’abandon projeté du
fédéralisme implique le déclassement constitutionnel des composantes de l’Union : réduction du champ des compétences insulaires (art. 9) ; ferme condamnation de la sécession (nouvel
art. 7-1) ; établissement d’un contrôle de légalité sur l’exécutif insulaire par le vice-président de l’Union concerné (nouvel art. 15 al. 2) ; dans chaque île, substitution d’un
« gouverneur » au « président de l’île », d’un
« conseil de l’île » à « l’assemblée de l’île », ou
encore de « commissaires » aux « ministres »
(nouvel art. 7-2). L’adoption du projet de révision de la Constitution de l'Union aurait donc pour conséquences de faire disparaître les constitutions insulaires et de substituer à la logique fédérale, voire
confédérale, de l'accord-cadre de réconciliation
nationale du 17 février 2001 une logique centripète, une certaine recentralisation du pouvoir.
Le PROJET DE LOI REFERENDAIRE vise aussi à modifier
l’équilibre des institutions politiques. L’Union des
Comores est aujourd’hui un régime présidentiel, où l’exécutif et le législatif sont clairement séparés et mutuellement irrévocables. Le Président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi préconise quelques emprunts aux régimes parlementaire
ou semi-présidentiel pour renforcer l’autorité de l’exécutif. C’est ainsi que le Président de l’Union, qui, élu pour 5 ans au lieu de 4 ans (art. 13 al. 1 réécrit), serait assisté de trois
vice-présidents – un par île, semble-t-il
- au lieu de deux (art. 16 al. 1
réécrit), aurait désormais le droit – inconnu en régime présidentiel - de prononcer la dissolution de l’Assemblée de l’Union (nouvel art. 12-1) ; pourrait, en cas de crise, se saisir de
pouvoirs exceptionnels (nouvel art. 12-3), sur le modèle de l’article 16 français ; et pourrait être habilité par l’Assemblée de l’Union à légiférer par ordonnances (nouvel art. 12-4). En
revanche, l’Assemblée de l’Union n’obtiendrait pas en compensation la faculté de renverser le Président de l’Union et/ou les membres du gouvernement, selon les canons du parlementarisme ; la
mise en cause de la responsabilité des plus hauts collaborateurs du Président de l’Union – et non du Président – obéirait à une réglementation draconienne, avec l’exigence d’une majorité qualifié
des 2/3 pour l’adoption d’une « pétition »
et l’interdiction de voter plus de deux pétitions par an (art. 33
réécrit). L’adoption du projet de révision de la Constitution de l'Union aurait donc pour conséquences
d’infléchir la Constitution politique dans un sens présidentialiste.
La Cour Constitutionnelle de l’Union, saisie par des opposants au référendum d’une requête contestant la
constitutionalité du PROJET DE LOI REFERENDAIRE, vient de décliner sa compétence, par un arrêt du 9 mai 2009. Il appartient donc aux comoriens de trancher : maintenir leurs constitutions ou se donner une nouvelle
Constitution.
Stéphane BOLLE
Maître
de conférences HDR en droit public
http://www.la-constitution-en-afrique.org/
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