Partager l'article ! * Constitution, mensonges et science du droit: Vous avez juridiquement raison, car vous êtes de l'opposition... Tel semble être le raisonne ...
La Constitution en Afrique![]()
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Vous avez juridiquement raison, car vous
êtes de l'opposition... Tel semble être le raisonnement de bien des africanistes, pour qui la simple invocation de la Constitution, la dénonciation sans relâche des malfaçons de la loi
fondamentale, ou le harcèlement des gouvernants présumés coupables de violations de leur Constitution, prouve l'inexistence ou le mal-être de l'Etat de droit et de démocratie pluraliste, partout en
Afrique.
Nombre de doctorants et de docteurs en droit s'abîment ainsi dans une pseudoscience consistant à conclure sans démontrer : ils érigent en vérités scientifiques révélées les arguties juridiques que véhiculent les tribunes de presse, les déclarations des partis, les communiqués d'organisations de la société civile ou encore les messages sur les forums. Les apparences sont parfois trompeuses, lorsque les auteurs des documents en question exhibent leurs titres et qualités scientifiques. Mais un constitutionnaliste a pour devoir élémentaire d'éprouver les raisonnements les mieux ficelés, de traquer les lacunes, les approximations, les extrapolations, les contresens, les incohérences, les contrevérités..., bref de soumettre tout matériau à la question. C'est à cette condition qu'il peut prétendre proposer une véritable analyse scientifique d'un texte constitutionnel, d'un usage politique de la Constitution ou d'une sentence du juge électoral et/ou constitutionnel.
L'art juridique a été facilité ... et compliqué par l'irruption du monde des NTIC, qui se donne à voir comme une formidable mine d'informations ... et de désinformations en tous genres. Il faut certainement se féliciter de la vigueur des débats sur la chose constitutionnelle en Afrique, signe d'un indéniable changement des rapports du droit et de la politique. Mais le constitutionnaliste d'aujourd'hui, qui puise nécessairement matière et inspiration sur le net, se fourvoie s'il verse dans la décalcomanie, c'est-à-dire dans la reproduction aveugle des libelles des « faiseurs d'opinion » qui, trop souvent, (més)usent du droit constitutionnel à des fins partisanes.
Un maximum de neutralité axiologique est requis pour rendre compte de l'actualité constitutionnelle ... en constitutionnaliste. Je voudrais illustrer le propos par quelques cas d'espèce glanés ici ou là sur le net.
Le respect de la Constitution conditionne la légitimité politique des gouvernants aujourd'hui en Afrique. C'est là une grande avancée que ne manquent pas d'instrumentaliser les candidats au pouvoir pour décrédibiliser les détenteurs du pouvoir. Dans ce contexte, la communication politique fait une place importante à des arguments de droit constitutionnel, souvent discutables, parfois infondés.
Prenons l'exemple au Bénin de la "déclaration sur la situation nationale" du 12 mars 2008 signée par la RB, le PSD, le MADEP et le PRD. Les partis politiques signataires y dénoncent les dérives antidémocratiques et donc anticonstitutionnelles de la présidence de Yayi Boni : « L'alternance politique intervenue au sommet de l'Etat en avril 2006 a suscité un immense espoir dans tout le pays. [...] Aujourd'hui, moins de deux ans après cette euphorie générale, c'est le désenchantement total et le début de la désillusion. La situation politique nationale est de plus en plus préoccupante. La démocratie béninoise se trouve gravement menacée ».
La déclaration du 12 mars 2008 se place sur le
terrain constitutionnel pour développer une vigoureuse critique du pouvoir, à laquelle le constitutionnaliste ne saurait totalement souscrire :
« Des violations répétées de la Constitution Jamais, depuis la Conférence nationale, le Bénin n'a connu un régime dont les
rapports avec les autres institutions de la République ont été aussi tendus, et les décisions ont fait l'objet d'autant de recours en inconstitutionnalité ».Il faudrait d'autant plus vérifier la réalité statistique de cette assertion que le succès du modèle béninois d'Etat de droit et de démocratie pluraliste tient en grande
partie à la très fréquente sollicitation de la Cour Constitutionnelle et à son sage arbitrage. La Cour Constitutionnelle a rendu de très nombreuses décisions de censure sous la présidence de
Nicéphore Soglo (1991-1996), comme sous celles de Mathieu Kérékou (1996-2001 ; 2001-2006) : sans elle, par exemple, les institutions de contre-pouvoir que sont la Cour Constitutionnelle
- définitive -, la Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la Communication (HAAC), le Conseil Economique et Social ou encore la Commission Electorale Nationale Autonome (CENA), n'auraient pu être
installées ; sans elle, la guérilla permanente entre les institutions, qui a généré les crises budgétaires de 1994, 1994, 1996 et 2002, aurait pu faire sombrer le pays ; sans
la décision DCC
06-74 du 8 juillet 2006, la Constitution de 1990 aurait été révisée pour prolonger d'une année
la durée de la législature... Or, les partis signataires de la déclaration du 12 mars 2008 ont donné leur aval à un ou plusieurs comportements ou actes expressément sanctionnés par la Cour Constitutionnelle. Le constitutionnaliste se trouve donc dans
l'obligation - scientifique - d'examiner la déclaration - politique - au regard de la trajectoire constitutionnelle du Bénin : le contentieux constitutionnel a toujours été un moteur et non
un frein ; seule une démonstration objectivement menée pourrait confirmer que la pratique actuelle se caractériserait par un mauvais usage de la Cour
Constitutionnelle. « La décision de la Cour Constitutionnelle relative au non respect de la séparation des pouvoirs dans
le conflit ayant opposé récemment les magistrats au Gouvernement [reproduite ici sur LA CONSTITUTION EN
AFRIQUE], le non respect de la décision de la Cour Constitutionnelle relative aux nominations à la tête des médias de service public, le
maintien en prison d'un élu parlementaire en dépit de son immunité, l'appel à désobéissance lancé aux adjudicataires de fréquences octroyées par la Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la
Communication (HAAC) [voir ici sur LA CONSTITUTION
EN AFRIQUE les termes du conflit], sont autant de faits avérés, illustratifs des violations répétées de notre Loi fondamentale par le
pouvoir en place, qu'il convient d'abhorrer. » Certes, mais entre 1991 et 2006, les gouvernants ont aussi été mis à l'index pour des violations de la Constitution non moins
graves, y compris en matière de liberté de la presse ; et s'ils se sont fort heureusement pliés aux décisions de la Cour Constitutionnelle, c'est parfois de mauvaise grâce, en manifestant
leur mécontentement ou en opposant une résistance passive, voire active.
La Constitution béninoise est-elle vraiment moins bien respectée aujourd'hui qu'hier ?
« Des rapports entre le Parlement et le
Gouvernement »
La Constitution du 11 décembre 1990 a fait de l'Assemblée Nationale la
haute incarnation du pouvoir populaire et l'enceinte par excellence de la représentation nationale. Elle a le pouvoir de voter des lois et de contrôler l'action du Gouvernement. En
d'autres termes, dans notre régime politique, l'Assemblée Nationale est le temple de l'exercice de la démocratie.
Or, plusieurs
entraves à son fonctionnement ont été notées. L'indépendance de l'Assemblée Nationale et son autonomie à l'égard du Gouvernement ont notamment été mises à mal, dans l'exercice de sa double
mission de vote de la loi et de contrôle de l'action gouvernementale, les ingérences du pouvoir exécutif sont si nombreuses et si flagrantes, que l'institution parlementaire est de plus en
plus perçue au sein de l'opinion publique et par la classe politique nationale, comme une simple caisse de résonance du Gouvernement et une institution à son ordre ».
Le refus viscéral d'une « caporalisation » de l'Assemblée Nationale par le Chef de l'Etat a été une constante depuis 1991 ; en même
temps, tous les présidents du Renouveau démocratique ont cherché, avec un succès mitigé, le soutien d'une majorité parlementaire cohérente. En toute hypothèse, dans les « jeunes » comme
dans les « vieilles » démocraties, la solidarité politique entre le législatif et l'exécutif surdétermine la lecture de la Constitution, quant aux rapports entre les institutions. La
« loi » de la majorité est-elle vraiment incompatible avec la démocratie à la béninoise ? « Les tractations vécues lors
de la constitution du Bureau de l'Assemblée nationale pour la 5ème Législature ainsi que les tensions et autres blocages qui caractérisent depuis quelque temps les travaux
parlementaires, confirment à suffisance la volonté d'en assurer un contrôle sans partage et cette tendance à son bâillonnement ». Si la
majorité présidentielle s'est assurée licitement, en 2007, la maîtrise du Bureau de l'Assemblée Nationale c'est que le règlement intérieur de l'Assemblée Nationale, en son article 15.2-b, n'impose pas une répartition proportionnelle des postes entre les groupes parlementaires - pas encore constitués ! - ou entre les partis
représentés. La Cour
Constitutionnelle, dans sa décision DCC 03-117 du 10 juillet 2003, en a jugé ainsi, s'agissant de la direction de la
4ème législature : « ledit article, tout comme la pratique parlementaire issue de son application, ne donne pas un contenu à la notion de configuration politique en début
de législature, lors de l'élection des membres du Bureau de l'Assemblée, et n'indique pas comment reproduire au sein du Bureau la configuration politique de l'Assemblée ». Faut-il
incriminer l'absence d'obligation de résultat ? Peut-être... Mais il revient alors à l'Assemblée Nationale - et à elle seule ! - de changer la règle du jeu, une règle qui a bénéficié
antérieurement à certains des signataires de la
déclaration du 12 mars 2008. « En vertu du principe
de la séparation des pouvoirs consacré par la Constitution, l'Assemblée Nationale devrait veiller à préserver jalousement son indépendance vis-à-vis du Gouvernement, quelle que soit la
configuration politique en son sein ». Il est vrai que l'Assemblée Nationale du Bénin a toujours été jalouse de ses compétences et
que la séparation concurrentielle a été effectivement une condition de réussite du régime présidentiel démocratique du Bénin. Mais, avec l'implosion d'une majorité présidentielle qui ne compte
pas une année d'existence, avec la menace subséquente d'une destitution du Président de l'Assemblée Nationale, qui est un fidèle soutien de Yayi Boni, le pouvoir législatif est désormais en passe
de devenir la caisse de résonance de l'opposition, comme lors du quinquennat Soglo (1991-1996).
L'histoire devrait donc se répéter, au bénéfice d'une consolidation de l'Etat
de droit et de démocratie pluraliste et au détriment d'un présidentialisme banni par le texte de la Constitution et la pratique constitutionnelle. A l'évidence, l'analyse du constitutionnaliste
s'écarte considérablement du constat alarmiste porté par la déclaration du 12 mars 2008.
[Vous trouverez la suite de « Constitution, mensonges et science du droit » dans
un tout prochain billet]
SB
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