Suite et fin de "L'investiture sinon rien"
L'investiture singularise le régime semi-présidentiel de la RDC
En République Démocratique du Congo, l'investiture du Gouvernement est prescrite par la Constitution du 18 février 2006, qui organise un
régime semi-présidentiel.
Le professeur Maurice Duverger désigne sous ce label - popularisé sur la toile par l'excellent blog THE SEMI-PRESIDENTIAL ONE - « les institutions d'une démocratie ... qui réunissent les deux éléments suivants : 1° un Président de la
République élu au suffrage universel et doté de notables pouvoirs propres ; 2° un Premier Ministre et un gouvernement responsables devant les députés »[1]. Dans nombre de pays, il est fait recours à la notion de
régime semi-présidentiel, peu prisée, voire rejetée par la doctrine française pour rendre compte des lectures de la Constitution du 4 octobre 1958. Cette catégorie de régime mixte, susceptible
d'accueillir des pratiques institutionnelles très différentes, magnifiant ou cantonnant la figure présidentielle, souffre des défauts inhérents à toute taxinomie. Mais elle présente
l'incontestable avantage d'offrir un cadre d'analyse pour le constitutionnaliste qui se penche sur la Constitution politique d'un pays empruntant certains de ses éléments au régime parlementaire
et d'autres au régime présidentiel ; et elle lui impose de distinguer les règles constitutionnelles écrites et de leur application.
Sous cet angle, le régime semi-présidentiel de la République Démocratique du Congo apparaît comme une énième
variante, qu'il convient d'appréhender dans sa réalité présente, sans passer sous silence les ambiguïtés originelles de la Constitution du 18 février 2006. Cette loi
fondamentale n'est pas fondamentalement présidentialiste, quand bien même elle confère au Président de la
République des pouvoirs de gouvernement - c'est « de concert » avec lui que le gouvernement définit la politique de la Nation (art. 91 al. 1) -, dont ne disposent pas ses homologues de
d'autres régimes semi-présidentiels extra-africains. A l'évidence, la Constitution du 18 février 2006 ne fige pas les institutions : « A vrai dire, le fonctionnement effectif d'un tel régime mixte est fonction du
régime des partis. Il aura une allure tantôt présidentielle, voire présidentialiste, tantôt parlementaire, selon qu'il y a correspondance ou non entre les majorités présidentielle et
parlementaire.
En cas de coïncidence entre les deux majorités présidentielle et parlementaire, la réalité du pouvoir sera
entre les mains du Président de la République, le gouvernement sera plus responsable devant le Président que le Parlement. En cas de non- coïncidence, l'essentiel du pouvoir sera détenu par le
Premier Ministre soutenu par sa majorité parlementaire. C'est le régime de cohabitation, plus proche du parlementarisme que du présidentialisme à telle enseigne que l'on pourrait même parler du
régime semi-parlementaire »[2].
Le constitutionnaliste est coutumier de ces deux situations typiques, mais il y a lieu d'affiner l'analyse pour
restituer les contraintes pesant sur les acteurs constitutionnels, en l'absence de majorité parlementaire homogène soutenant l'une des deux têtes de l'exécutif ou en présence d'une majorité
parlementaire hétérogène soutenant tout l'exécutif.
C'est assurément dans cette dernière configuration politique que se trouve aujourd'hui la République
Démocratique du Congo. Le Président Joseph Kabila, élu sur la base du Protocole d'accord AMP-PALU du 30 septembre 2006, est privé du soutien inconditionnel d'une majorité parlementaire dévouée à l'Assemblée Nationale. Il ne peut
gouverner qu'avec le concours d'une majorité plurielle : son pouvoir est largement conditionné puisque la défection de l'un de ses partenaires pourrait lui coûter la direction de l'exécutif
et générer une grande instabilité gouvernementale.
Dans ces conditions, l'investiture du Gouvernement interdit au Président de la République Démocratique du Congo
d'être omnipotent et manifeste la fécondité de la Constitution du 18 février
2006.
Stéphane BOLLE
Maître de conférences HDR en droit public
http://www.la-constitution-en-afrique.org/
[1] Maurice DUVERGER, Les régimes semi-présidentiels, Paris, PUF, 1986.
[2] NTUMBA-LUABA LUMU, Droit constitutionnel général, Kinshasa, Editions
universitaires africaines, 2005, p. 369.
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