LA CONSTITUTION EN AFRIQUE
[1]Haute Cour Constitutionnelle, Arrêt n°01-HCC/AR du 27 avril 2007. [2]« J’aime Madagascar ». [3]Vous pouvez consulter un tableau comparatif des versions successives de la Constitution de la République de Madagascar sur http://rhaj.over-blog.com/. [4]Vous trouverez le texte de la Constitution révisée dans la rubrique « documents ». [5]Voir, en ce sens, Stéphane BOLLE, « Des constitutions « made in » Afrique », Communication au VI° Congrès Français de Droit Constitutionnel, Montpellier, 9, 10 et 11 juin 2005http://www.droitconstitutionnel.org/congresmtp/textes7/BOLLE [6]Le texte complet peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.madagascar-presidency.gov.mg/index.php/view/news/item/704.
Cher Didier,
Je crois déceler dans votre condamnation sans appel de la Constitution Ravalomanana un parti pri ou un constat commode, répété à l'envi depuis des décennies. J'ai la conviction qu'il faut aujourd'hui prendre au sérieux la chose constitutionnelle et ne plus succomber à cette sorte de paresse intellectuelle qui veut que rien n'a changé au sud du Sahara.
Il est temps d'éprouver l'équation Constitution=dictature, dans laquelle ne s'épuisent pas les réalités contemporaines. L'instrumentalisation politicienne est une facette parmi d'autres de la vie des constitutions africaines. Et ce n'est pas seulement en Afrique que le présidentialisme est inscrit dans le marbre de la Constitution; le comité Balladur vient de le recommander publiquement en France.
LA CONSTITUTION EN AFRIQUE ambitionne de porter un autre regard sur la chose constitutionnelle en Afrique.
Vous avez parfaitement le droit de constater que certaines décisions de la Haute Cour Constitutionnelle malgache font souffrir le Droit pour servir le pouvoir, mais vous devez le démontrer en droit et non l'affirmer sans preuve. C'est au cas par cas que s'apprécie une jurisprudence constitutionnelle. Il est stérile de s'en tenir à des présomptions, de servir de caisse de résonance aux arguties des opposants. L'honnêteté intellectuelle commande d'affirmer que, dans un Etat de droit, l'opposition n'a pas toujours juridiquement raison.
Je souhaite vivement que le dialogue se poursuive sur un étude de cas. Pour que vive et grandisse le droit constitutionnel!
Stéphane Bolle
Maître de conférences HDR en droit public
La demonstration de Monsieur Bolle sur la nouvelle Constitution malgache est assez pertinente mais trop courte (à mon goût).
Il est vrai que la Constitution en Afrique a toujours voulu comme essence d'être la loi fondamentale, celle qui doit trôner au sommet de la pyramide des lois mais que, paradoxalement, dans la pratique, c'est l'inverse qui se reproduit à chaque fois: La Constitution deviendra, donc, la plus insignifiante des lois car elle sert juste à "arranger" les intérêts conjoncturels des gouvernants sinon à "gommer" certains crimes et ce, au détriment des principes sur lequels, pourtant, elle a été, soi-disant, conçue.
N'étant ni expert (loin s'en faut) en droit constitutionnel, ni juriste, mais simplement un curieux assoiffé de savoir des choses que souvent beaucoup de personnes négligent (ici, la constitution), je me suis toujours posé les questions suivantes: Que vaut une constitution (en Afrique notamment) si elle est destinée, par avance, à être constamment "tripatouillée" aux profits des princes sans qu'il n'y ait des sanctions à l'encontre des auteurs? Comment se fait-il que les "barrages juridiques", les "garde-boues constitutionnelles" et les différentes et nombreuses balises édictées dans les textes constitutionnelles africianes deviennent si facilement inopérantes dès lors que les princes décident qu'elles soient ainsi? autrement dit, Comment faire, en Afrique, pour que la Constitution soit plus ou moins respectée par ses propres concepteurs?
Je pense, sérieusement, que la Constitution en Afrique se revalorise seulement lorsqu'on décide de lui donner plus de crédit et plus d'importance, donc du respect. au lieu qu'elle demeure, comme souvent, sinon toujours, un banal objet de distraction scientifique et de recherche si ce n'est un joujou indispensable aux détenteurs de pouvoir pour se donner bonne conscience.
Cher Howard,
Le format blog impose la publication de billets assez brefs.
S'agissant de vos remarques de fond:
- La Constitution ne cesse pas d'être au sommet de la hiérarchie des normes, lorsque certaines - pas toutes! - de ses dispositions servent les intérêts du pouvoir en place. Pourriez-vous préciser en quoi la Constitution peut en venir "à "gommer" certains crimes"? Avez-vous des exemples précis à verser au débat?
- La Constitution, oeuvre humaine, ne saurait constituer une "assurance tous risques" épargant les malheurs et garantissant le bonheur collectif. Les africains attendent souvent de la Constitution ce qu'elle ne peut leur donner. En toute hypothèse, une constitution écrite ne peut faire disparaître mécaniquement l'arbitraire des gouvernants; elle se borne à offrir des outils, à charge pour les gouvernés africains de s'en saisir! Une Constitution n'est qu'une vulgaire barrière de papier si le peuple qu'elle régit ne se l'approprie pas. Elle est le jouet des gouvernants si le peuple y consent, ne serait-ce que passivement. Cela vaut pour tous les continents...
Sans ôter aucune once de merite à votre brillant argumentaire, je tiens quand même à apporter un petit bemol, aussi insignifiant soit il. :-)
En effet, Constitution Ravalomanana " robuste" certes mais "populaire".... je ne l'affirmerai pas sans ambages pour ma part.
En effet, il semble que l'euphorie qui gagna le pays au lendemain de l'election de Marc Ravalomanana semble avoir laissé place , non pas à une hostilité mais pire surtout à une indifférence du peuple malgache, le faible taux de participation en 2007 malgré une campagne de sensibilisation massive en est bien temoin, Je tiens juste à mettre en exergue le fait que pour une grande majorité du peuple, cette revision n'est qu'une petite piqure inoffensive
En effet, comment pourrais il être contre ou pour une revision dont il n'en connais pas la teneur ?
Je ne parle ici que des "indfférents" et non des "opposants" qui pour leur part n'auront pas un champ d'expression très vaste à l'avenir, le "TIM" etant omniprésent. Heureusement ou malheureusement ? l'avenir nous le dira.
A ce jour, le statut actuel est clair, une "partie" du peuple malgache est retombé dans la même lethargie que celle qui etait sienne sous d'autres regimes et personne ne saurait lui en tenir rigueur, cela est semble t il une tradition africaine...
Comment oser faire une constitution qui n'a comme unique ligne d'idée que "son maintien au pouvoir" (les conditions d'éligibilité ont été volontairement rendues difficiles, voire racistes - article 46 - , alors que les mandats ont été bonifiés - renouvelable deux fois - affaiblissement du pouvoir parlementaire, etc.)?
Comment le régime malgache ose-t-il hausser la tête alors que la Haute Cour Constitutionnelle suit servilement les décisons présidentielles quitte à violer les lois voire la constitution? (un référendum relatif à cette élection a été organisé en plein période cyclonique alors que c'est ce motif là qu'elle a utilisé (soi-disant)pour justifier l'anticipation du scrutin présidentiel du 06 décembre 2006 (alors que la constitution le prévoit pour le mois d'avril 2007)?
Etc.
si en Afrique la Constitution ne sert qu'à adouber les dictateurs ou que sa violation par les détenteurs du pouvoir mêmes soit banalisée, alors, je trouve sincèrement inutile de parler de constitution en Afrique.